top of page

Le piège de vouloir aller mieux

  • adelaideklarwein
  • Jul 16
  • 4 min read

Cela peut sembler paradoxal.

Après tout, si vous entreprenez une psychothérapie, une pratique méditative ou un chemin de développement personnel, c'est probablement parce qu'une partie de vous aspire à aller mieux.

Et c'est profondément humain.

Lorsque nous souffrons, nous voulons naturellement soulager cette souffrance.

Lorsque nous sommes anxieux, nous voulons retrouver la paix.

Lorsque nous sommes tristes, nous voulons retrouver la joie.

Lorsque nous nous sentons perdus, nous voulons retrouver de la clarté.

Le désir d'aller mieux n'est pas le problème.

Le piège apparaît lorsque toute notre attention se tourne vers un futur imaginaire où nous serions enfin suffisamment guéris, suffisamment libres, suffisamment sereins ou suffisamment éveillés.

À partir de ce moment-là, quelque chose de subtil se produit.

Nous cessons progressivement d'habiter notre expérience présente.

Nous commençons à vivre dans l'attente d'une autre version de nous-mêmes.

Une version qui, pensons-nous, sera enfin capable de vivre pleinement.


Quand le développement personnel devient une nouvelle forme de contrôle


À ce moment-là, notre relation à nous-mêmes change.

Nous ne cherchons plus à comprendre ce qui est là.

Nous cherchons à nous en débarrasser.

L'anxiété devient un obstacle.

La tristesse devient un problème.

La peur devient une erreur.

La colère devient quelque chose qui ne devrait pas exister.

Le doute devient un signe que nous ne sommes pas encore assez avancés.

Toute notre énergie est alors mobilisée pour tenter de modifier notre état intérieur.

Cette dynamique est d'ailleurs largement décrite par l'Acceptance and Commitment Therapy (ACT), développée notamment par le psychologue Steven C. Hayes.

Cette approche montre que ce n'est pas tant la présence d'émotions ou de pensées difficiles qui entretient notre souffrance, mais la lutte permanente que nous engageons contre elles.

Plus nous cherchons à contrôler, supprimer ou éviter certaines expériences intérieures, plus elles tendent à occuper de la place dans notre vie.

Ce que nous combattons finit souvent par organiser une grande partie de notre existence.


Quand la guérison devient un projet sans fin


Je le vois souvent chez les personnes que j'accompagne.

Elles arrivent avec une immense sincérité.

Elles ont lu des livres.

Écouté des conférences.

Suivi des thérapies.

Pratiqué la méditation.

Exploré leur histoire.

Compris leurs mécanismes.

Et pourtant, elles sont épuisées.

Non pas uniquement par leurs difficultés.

Mais aussi par les années passées à essayer de ne plus les avoir.

Elles observent chacune de leurs pensées.

Analysent chacune de leurs émotions.

Évaluent constamment leur niveau de guérison.

Cherchent des signes de progrès.

Des preuves qu'elles avancent.

Des indices montrant qu'elles sont enfin sur le bon chemin.

Sans même s'en rendre compte, elles transforment parfois leur développement personnel en un projet d'optimisation permanente.

Comme si leur vie ne pouvait réellement commencer qu'une fois le travail terminé.

Comme si elles devaient atteindre un certain état avant de pouvoir se détendre.

Avant de pouvoir s'aimer.

Avant de pouvoir vivre.


Et si la paix n'était pas de l'autre côté ?


Le paradoxe est que cette quête peut devenir une nouvelle forme de souffrance.

Car elle repose souvent sur une croyance implicite.

« Je ne pourrai être en paix que lorsque cette expérience aura disparu. »

Tant que j'ai peur.

Tant que je suis triste.

Tant que je doute.

Tant que je me sens insécure.

Tant que je ne suis pas guéri.

Mais si la paix n'était pas située de l'autre côté de ces expériences ?

Et si elle naissait plutôt de notre capacité à rester en relation avec elles ?

Cette question a profondément transformé ma manière d'accompagner.

Car je constate, séance après séance, que les moments les plus importants ne surviennent pas nécessairement lorsqu'une émotion disparaît.

Ils apparaissent souvent lorsqu'une personne découvre qu'elle peut rester présente à cette émotion sans être obligée de la faire disparaître.


Ce qui transforme, c'est la relation à l'expérience


Dans mon travail, les moments les plus profonds surviennent rarement lorsqu'une personne parvient enfin à ne plus ressentir de peur.

Ils apparaissent lorsqu'elle découvre qu'elle peut ressentir cette peur sans être détruite par elle.

Qu'elle peut ressentir de la tristesse sans être engloutie.

Qu'elle peut ressentir de la honte sans s'y réduire.

Qu'elle peut traverser l'incertitude sans devoir immédiatement la résoudre.

À cet instant, quelque chose commence à s'ouvrir.

Non parce que l'expérience disparaît.

Mais parce que la relation à cette expérience se transforme.

Et lorsque cette relation change, il arrive très souvent que l'expérience elle-même commence, elle aussi, à évoluer.


La liberté n'est peut-être pas ce que nous croyons


Pendant longtemps, j'ai moi-même cru que la liberté consistait à ne plus avoir certaines émotions.

À ne plus être déclenchée.

À ne plus avoir peur.

À ne plus douter.

Aujourd'hui, je vois les choses autrement.

La liberté ne consiste pas à devenir imperméable à l'expérience humaine.

Elle consiste à développer suffisamment de présence, de sécurité intérieure et de souplesse pour accueillir cette expérience lorsqu'elle se présente.

Cela ne signifie pas aimer souffrir.

Cela ne signifie pas rechercher l'inconfort.

Cela ne signifie pas renoncer à évoluer.

Cela signifie simplement cesser de faire dépendre notre paix de la disparition de tout inconfort.

Car la vie continuera à nous confronter à l'incertitude.

À la perte.

Au changement.

À l'imprévu.

Aucune pratique ne pourra supprimer définitivement ces dimensions de l'existence.

En revanche, nous pouvons apprendre à ne plus être seuls face à elles.


Une autre question


La question n'est donc peut-être pas :

« Comment puis-je aller mieux ? »

Mais plutôt :

« Comment puis-je être davantage présent à ce qui est déjà là ? »

Étrangement, c'est souvent lorsque nous cessons de courir après un état idéal que quelque chose commence réellement à se transformer.

Comme si notre système nerveux relâchait enfin une lutte devenue inutile.

Comme si une partie de nous comprenait qu'elle n'a pas besoin d'attendre d'aller mieux pour commencer à vivre.

Et peut-être est-ce là l'un des plus grands paradoxes du chemin intérieur.

Plus nous cherchons à nous débarrasser de certaines parties de nous-mêmes, plus elles semblent occuper de place.

Plus nous apprenons à les rencontrer avec curiosité, plus quelque chose s'apaise.

Non parce que tout devient parfait.

Mais parce que nous cessons progressivement d'être en guerre avec notre propre humanité.

Et c'est peut-être cela, au fond, la véritable liberté.

Non pas vivre sans peur.

Non pas vivre sans tristesse.

Non pas vivre sans doute.

Mais découvrir que nous pouvons rester profondément vivants, libres et en relation avec nous-mêmes, même lorsque ces expériences traversent notre existence.

Comments


bottom of page