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Vous n’avez pas besoin de vous réparer

  • adelaideklarwein
  • 4 days ago
  • 4 min read

Il existe une croyance très répandue dans le développement personnel, et parfois même dans certains espaces thérapeutiques.

L'idée qu'il y aurait quelque chose de fondamentalement défectueux en nous.

Quelque chose qu'il faudrait corriger.

Améliorer.

Transformer.

Réparer.


Cette croyance est souvent discrète.

Elle se cache derrière des intentions qui paraissent pourtant très nobles.

« Je veux devenir une meilleure version de moi-même. »

« Je veux évoluer. »

« Je veux guérir. »

« Je veux me libérer de mes blocages. »

« Je veux enfin être pleinement moi-même. »


Bien sûr, il n'y a rien de mal à vouloir grandir, évoluer ou chercher de l'aide lorsque nous souffrons.

Mais il existe une différence fondamentale entre grandir et tenter de se réparer.


Grandir part de l'idée que quelque chose en nous est déjà profondément vivant, intact et digne d'amour.

Se réparer part souvent de l'idée que quelque chose en nous est cassé.

Et cette différence change tout.


Une blessure n'est pas une identité


Cette nuance est essentielle.

Il existe bien des blessures qui demandent de l'attention.

Des traumatismes qui ont laissé leur empreinte.

Des mécanismes de défense qui nous enferment.

Des comportements qui peuvent nous faire souffrir, nous-mêmes comme ceux que nous aimons.

La psychothérapie ne consiste pas à nier cette réalité.

Elle consiste à rencontrer cette souffrance sans en conclure que nous sommes, nous, fondamentalement défectueux.

Une blessure n'est pas une identité.

Un mécanisme de défense n'est pas une identité.

Une stratégie de survie n'est pas une identité.

Nous pouvons prendre soin de ce qui a été blessé sans croire que notre être tout entier est à réparer.


Quand la quête de guérison devient une nouvelle souffrance


Pendant des années, j'ai accompagné des personnes qui avaient énormément travaillé sur elles-mêmes.

Elles avaient suivi des thérapies.

Des stages.

Des retraites.

Des formations.

Lu des dizaines de livres.

Pratiqué la méditation.

Exploré leur histoire familiale.

Compris leurs mécanismes.

Et pourtant, elles continuaient à ressentir une forme de tension intérieure.

Comme si quelque chose leur échappait encore.

Comme si la paix se trouvait juste derrière la prochaine compréhension.

Le prochain stage.

Le prochain livre.

La prochaine révélation.

À force d'observer cela, j'ai commencé à me poser une question.

Et si le problème n'était pas ce qui était présent en elles ?

Et si le problème était la guerre qu'elles menaient contre ce qui était présent ?


Et si vos "parts" cherchaient simplement à vous protéger ?


Nous passons parfois des années à essayer de nous débarrasser de certaines parties de nous-mêmes.

Notre anxiété.

Notre colère.

Notre peur.

Notre dépendance affective.

Notre besoin d'être aimé.

Notre honte.

Notre perfectionnisme.

Notre contrôle.

Nous les traitons comme des ennemis.

Comme des erreurs de fabrication.

Comme des obstacles sur le chemin de la liberté.

Pourtant, lorsque nous prenons le temps de les écouter autrement, quelque chose d'étonnant apparaît souvent.

Elles ne cherchent généralement pas à nous détruire.

Elles essaient de nous protéger.

Cette manière de regarder notre monde intérieur est notamment au cœur du modèle de l'Internal Family Systems (IFS), développé par Richard Schwartz.

Selon cette approche, notre psychisme est composé de différentes « parties », chacune ayant développé une stratégie pour nous aider à survivre aux expériences difficiles de notre vie.

Certaines deviennent anxieuses pour anticiper le danger.

D'autres contrôlent tout afin d'éviter d'être blessées.

D'autres encore se mettent en colère pour protéger des limites qui n'ont jamais pu être respectées.

Leurs stratégies peuvent parfois devenir souffrantes.

Mais leur intention est, bien souvent, profondément protectrice.

La peur tente de nous éviter une nouvelle blessure.

La colère cherche à défendre une limite.

L'anxiété anticipe un danger.

La honte tente parfois d'éviter le rejet.

Le problème n'est donc pas leur existence.

Le problème est souvent la relation que nous entretenons avec elles.


Ce contre quoi nous luttons se crispe souvent davantage


Imaginez un enfant terrifié.

Plus vous lui criez de se calmer, plus il s'agite.

Plus vous lui expliquez qu'il ne devrait pas avoir peur, plus il se sent seul.

Mais lorsqu'il rencontre enfin quelqu'un capable de rester avec lui, sans vouloir le faire taire, quelque chose commence doucement à s'apaiser.

Je crois qu'il en va souvent de même pour notre monde intérieur.

Nos parties blessées ne demandent pas toujours à être changées immédiatement.

Elles demandent d'abord à être rencontrées.

À être entendues.

À sentir qu'elles ne sont plus seules.


La transformation naît souvent de la rencontre


La transformation n'émerge pas toujours lorsque nous essayons de changer ce qui est là.

Elle apparaît souvent lorsque nous cessons de nous battre contre ce qui est là.

Cela ne signifie pas rester figé.

Cela ne signifie pas renoncer à évoluer.

Cela ne signifie pas justifier des comportements qui nous font souffrir.

Au contraire.

C'est précisément parce que nous cessons de rejeter certaines parties de nous-mêmes qu'elles peuvent enfin se détendre et évoluer.

Le changement le plus profond naît rarement de la violence que nous nous infligeons.

Il naît davantage de la rencontre.

De l'écoute.

De la compréhension.

De la présence.

Au fil des années, j'ai vu des personnes changer profondément sans chercher à se changer.

J'ai vu l'anxiété diminuer lorsqu'elle cessait d'être combattue.

J'ai vu la honte perdre de sa force lorsqu'elle était enfin accueillie.

J'ai vu des comportements se transformer lorsque les besoins cachés qui les soutenaient étaient enfin entendus.

Non pas grâce à une guerre intérieure.

Mais grâce à une relation différente avec elles-mêmes.

Alors peut-être que la question n'est pas :

« Comment puis-je me réparer ? »

Peut-être que la question est plutôt :

« Que se passerait-il si je commençais à rencontrer avec curiosité ce que je cherche depuis si longtemps à corriger ? »

Car il est possible que vous n'ayez jamais été cassé.

Il est possible que certaines parties de vous aient simplement attendu, pendant des années, qu'une présence suffisamment douce vienne enfin les rencontrer.

Peut-être que la guérison n'est pas l'art de devenir quelqu'un d'autre.

Peut-être est-elle l'art de cesser progressivement d'abandonner les parties de nous qui souffrent.

Et d'apprendre, peu à peu, à devenir un témoin aimant de notre propre expérience.



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