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Dissociation ou désidentification : comment faire la différence

  • adelaideklarwein
  • Mar 16
  • 4 min read

Dans de nombreuses pratiques spirituelles ou méditatives, on invite les personnes à observer leurs pensées, leurs émotions, leur corps.


On entend souvent des phrases comme :


« Tu n’es pas tes pensées. »

« Observe ce qui apparaît dans la conscience. »

« Sois le témoin. »


Ces invitations peuvent être profondément libératrices. Elles ouvrent un espace dans lequel on découvre que l’on n’est pas obligé d’être entraîné par tout ce qui traverse l’esprit ou le corps.


Mais dans ma pratique, je rencontre aussi des personnes pour qui ces mêmes pratiques ont créé quelque chose d’inattendu : davantage d’anxiété, une sensation d’être coupé de soi, parfois même une impression étrange de ne plus être vraiment là.


Ce paradoxe apparaît souvent lorsqu’une confusion s’installe entre deux processus très différents : la dissociation et la désidentification.

Extérieurement, ces deux expériences peuvent se ressembler. Dans les deux cas, on observe ce qui se passe en soi. Dans les deux cas, on peut avoir l’impression de prendre de la distance par rapport aux pensées ou aux émotions.


Mais intérieurement, ce sont deux mouvements presque opposés.


La dissociation est un mécanisme de protection du système nerveux. Lorsqu’une expérience devient trop intense — émotionnellement, physiquement ou psychiquement — le corps peut réagir en réduisant le contact avec ce qui est vécu. C’est une intelligence de survie très ancienne. Le système nerveux protège l’organisme en diminuant l’intensité de l’expérience.


Beaucoup de personnes décrivent alors une sensation d’être légèrement à côté d’elles-mêmes. Le corps semble plus lointain. Les émotions deviennent floues ou engourdies. Parfois, il y a même une impression d’irréalité, comme si l’on regardait sa vie à distance.


La conscience est encore là, mais elle n’est plus vraiment en contact avec ce qui est vécu.


Dans ces moments-là, ce qui disparaît n’est pas la pensée. Ce qui disparaît, c’est la sensation vivante de l’expérience.


La désidentification, elle, est un mouvement très différent.


Elle ne consiste pas à s’éloigner de l’expérience, mais à reconnaître que l’expérience ne nous définit pas entièrement.


Une pensée apparaît, mais elle n’est plus confondue avec celui ou celle que nous sommes. Une émotion traverse le corps, mais elle n’est plus vécue comme une identité.

On pourrait dire que l’expérience est toujours pleinement là — parfois même plus intensément ressentie — mais qu’elle n’occupe plus toute la place.


Dans la désidentification, le corps reste présent. Les émotions peuvent circuler. La respiration continue d’ancrer la conscience dans le vivant.


Ce qui change n’est pas l’expérience elle-même, mais l’espace dans lequel elle apparaît.


Cette différence est subtile, mais essentielle.

Dans la dissociation, la conscience se coupe de l’expérience pour se protéger.


Dans la désidentification, la conscience s’élargit et peut contenir l’expérience.


L’une réduit le contact avec la vie intérieure.

L’autre permet de la rencontrer sans s’y perdre.


C’est là que certaines pratiques spirituelles peuvent parfois devenir déroutantes.


Lorsqu’elles invitent à observer les pensées ou les émotions sans qu’il y ait suffisamment de sécurité corporelle ou émotionnelle, elles peuvent encourager, sans le vouloir, une forme de déconnexion.


Une émotion difficile apparaît, et au lieu d’être ressentie dans le corps, une phrase intérieure surgit : « Ce n’est pas moi, ce n’est qu’une émotion. »


Sur le plan philosophique, cette phrase peut être juste. Mais sur le plan de l’expérience vécue, elle peut parfois servir à éviter le contact avec ce qui se passe réellement.


La conscience devient alors très mentale, très observatrice, mais le corps n’est plus vraiment impliqué.


C’est souvent ce que l’on appelle aujourd’hui le bypass spirituel : utiliser des concepts spirituels pour contourner l’expérience humaine.


La question devient alors beaucoup plus simple que ce que l’on imagine : comment observer ce qui se passe en nous sans nous couper de notre expérience ?


Un repère très précieux est le corps.


Lorsque la désidentification est vivante, le corps reste habité. La respiration circule. Les sensations sont ressenties. Les émotions peuvent apparaître et se transformer.

Il y a une qualité de présence.


Lorsque la dissociation apparaît, quelque chose devient plus lointain. Le corps semble moins accessible. L’expérience intérieure devient plus abstraite, plus mentale.


Dans ces moments-là, l’enjeu n’est pas d’observer davantage. L’enjeu est souvent de revenir doucement dans le contact avec le corps, avec la respiration, avec les sensations simples.


Dans mon travail en psychologie transpersonnelle, j’ai peu à peu compris que la transformation profonde ne vient ni d’une fusion avec nos émotions, ni d’un détachement de l’expérience.


Elle apparaît lorsque la conscience peut rester présente à ce qui est vécu.


C’est ce que j’appelle la présence incarnée.


Dans cette présence, les pensées peuvent apparaître, les émotions peuvent circuler, le corps reste un point d’ancrage, et la conscience peut observer sans se séparer de la vie.


La désidentification devient alors un mouvement naturel de la conscience. Non pas une fuite hors de l’expérience humaine, mais une manière plus vaste de l’habiter.


On ne devient pas moins humain.

On devient peut-être simplement un peu plus capable d’être là.


Si ces questions résonnent pour vous, elles sont au cœur de nombreux accompagnements en psychologie transpersonnelle. Nous y explorons comment rester en lien avec nos expériences intérieures sans nous y enfermer, et sans nous en couper.


Car la transformation ne vient pas toujours d’un éloignement de soi.

Elle naît souvent d’un geste plus simple — et parfois plus courageux : rester présent à ce qui est là.

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